Stratégies de jeu contre les commotions cérébrales

La popularité du football scolaire au Québec n’est plus à prouver : en 2013-2014, plus de 14 000 étudiants ont défendu les couleurs de leur école. Mais, depuis quelque temps, les victoires des athlètes sont assombries par un problème très préoccupant : les commotions cérébrales.

Propres à la pratique de sports de contact comme le football, les commotions cérébrales surviennent lorsque l’athlète reçoit un coup à la tête. Le cerveau est alors secoué et déplacé, ce qui provoque des ruptures des fibres nerveuses en plus de dérégler l’activité chimique et électrique du cerveau pendant une période variant de quelques jours à quelques semaines.

Malheureusement, les commotions ne peuvent être décelées qu’à partir de quelques signes extérieurs. Les symptômes d’une commotion cérébrale sont généralement temporaires, d’une durée de sept à dix jours, et le seul traitement possible est le repos. Mais ce qui inquiète les intervenants du milieu, ce sont les risques à long terme des commotions et des petits coups répétés à la tête. De récentes études ont révélé que le risque de développer des maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer, est dix fois plus élevé après trois commotions. Il y a donc de quoi s’inquiéter.

UN JEU PLUS SÉCURITAIRE, UNE VERGE À LA FOIS

Devant ce fléau grandissant et grâce à une meilleure connaissance des causes et des conséquences des commotions cérébrales, Football Québec et le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) ont pris quelques mesures pour améliorer les interventions qui font suite à des coups à la tête.

En collaboration avec Football Canada, Football Québec a développé et mis en ligne le module d’apprentissage Prendre une tête d’avance au football, que tous les entraîneurs au pays doivent suivre afin d’être mieux outillés pour prévenir les commotions, en reconnaître les signes et les symptômes et assurer un retour au jeu sécuritaire. L’organisation a également modifié son règlement de sécurité afin d’assurer la présence d’un secouriste certifié lors des matchs et des entraînements avec contacts et de doter toutes les équipes de protocoles de retour au jeu.

De son côté, le RSEQ a pris quelques initiatives pour rendre ses activités plus sécuritaires, notamment en formant un comité de réflexion intersectoriel sur la prévention des blessures et des commotions et en demandant aux différentes ligues de football provinciales et régionales de mettre en place des mesures pour prévenir les commotions, mais aussi les autres blessures sportives.

PROVOQUER LE CHANGEMENT

Devant ce qu’elles jugent comme un manque d’actions concrètes de la part du RSEQ et de Football Québec pour contrer ce problème, certaines écoles, dont l’Académie Saint-Louis, ont décidé de prendre des mesures drastiques afin de protéger le cerveau en plein développement des jeunes athlètes. Francesco Pepe Esposito, responsable du programme de football de cette institution privée de Québec, est catégorique : « Ici à l’Académie Saint-Louis, on a cerné le problème, on ne fait pas semblant de ne pas savoir. On a pris le taureau par les cornes, sans attendre les recommandations du gouvernement, de Sports Québec ou de Football Québec, parce qu’on sait qu’il y a un problème. Alors, on essaie de trouver des solutions. »

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Francesco Pepe Esposito, responsable du programme de football de l’Académie Saint-Louis.

La principale mesure adoptée par l’Académie Saint-Louis est le changement de technique pour plaquer l’adversaire : au lieu d’utiliser leur casque, les joueurs de l’Arsenal se servent de leurs mains et de leurs épaules, un peu comme au rugby. Cette technique force les jeunes à éliminer le faux sentiment de sécurité engendré par le casque et la grille.

L’application de cette technique se traduit également par des séances de contacts écourtées (cinq à dix minutes par semaine au lieu de vingt à vingt-cinq par entraînement). La nouvelle façon de plaquer a eu l’effet souhaité : l’an dernier, seulement deux joueurs ont subi une commotion lors d’un entraînement, et non pas en raison d’un contact, mais plutôt à cause d’une chute.

Bien que l’initiative lancée par l’Académie Saint-Louis pour diminuer les risques de commotions n’ait pas encore été reprise par d’autres équipes, il n’en reste pas moins que différentes initiatives locales font leur apparition un peu partout au Québec. L’Université de Sherbrooke a développé des infocapteurs intégrés aux casques des joueurs du Vert et Or qui permettent de détecter les coups encaissés et de s’assurer que les joueurs n’ont pas subi de commotion. Cette nouvelle technologie force l’adaptation des manières de plaquer l’adversaire et d’encaisser les coups. En une saison, le nombre de commotions est passé de huit à deux. De son côté, la section régionale des Cantons-de-l’Est du RSEQ offre aux jeunes de la première et de la deuxième secondaire la possibilité de pratiquer du football sans contact.

Sans dénaturer le côté physique et intense du football, il est certainement possible de pratiquer ce sport dans un cadre sécuritaire pour tous les athlètes, afin de leur offrir la chance d’être performants sur le terrain et sur les bancs d’école pour longtemps.

– Mélissa Plante

Photographie: Stéphanie de la Ronde

 

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