Gare aux achats impulsifs

En décembre, plusieurs d’entre nous vivons une période de stress au boulot. Si, en plus, notre vie amoureuse déraille, il est possible qu’une visite dans un centre commercial ou sur des sites Internet comme Amazon ou eBay ne soit pas une  bonne idée.

Certains, pour se remettre d’une peine d’amour, boivent démesurément. D’autres comme Chloé (nom fictif), 24 ans, entreprennent une virée dans les magasins. « J’achète quand je suis émotive, raconte-t-elle. La journée où je me suis séparée, j’ai dépensé 625 $ dans ma boutique préférée pour des vêtements et du maquillage dont je n’avais pas besoin. »

La jeune enseignante n’est pas la seule. Une étude de la Banque de Montréal (BMO) révèle que les Canadiens dépensent en moyenne 310 $ par mois ou 3720 $ par année pour des articles superflus. Et 60 % des acheteurs magasinent dans le seul but d’améliorer leur humeur!

Anne, 36 ans, ajoute de son côté : « Tout dépend de mon humeur. Si je suis sur un high d’émotions, triste ou heureuse, cela va me coûter cher. » Après une dure journée au bureau, l’avocate est sortie dans un centre commercial de Québec. Cette visite lui a coûté 10 000 $ en nouvelle lingerie, manteau de cuir, bottes de luxe, vêtements et renouvellement de sa collection de poêles et de chaudrons…

Tabou

Qui sont ces gens qui achètent par impulsion, sans réfléchir aux conséquences? « Il s’agit de femmes seules qui veulent combler un besoin. Un sujet tabou dont personne ne parle », dit Roger Lafrance qui travaille à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de la Montérégie.

Qu’en pense la psychologue Luisa Cameli qui est aussi directrice de la Clinique de la Santé Émotionnelle associée au Centre universitaire de santé McGill? « Ces achats impulsifs sont souvent  liés à une faible estime de soi, à un stress élevé et à un sentiment de solitude. »

Elle reçoit dans son bureau des femmes dont la vie de couple ressemble à une traversée du désert. « Elles ne se sentent pas proches de leur conjoint. Elles  magasinent pour se sentir mieux », précise-t-elle. Si on vit des émotions négatives et qu’on dépense impulsivement, cela diminue le vide à l’intérieur. Du même coup, selon les témoignages, on ressent un état euphorique. L’envers de la médaille? Les montants des relevés de cartes de crédit montent de façon vertigineuse. Une conseillère en réorganisation financière chez Pierre Roy & Associés observe que plusieurs achètent dans des moments de deuil ou de dépression. « Ils tentent de combler un manque émotionnel. Ils obtiennent une sensation forte ou de  joie qui ne dure qu’un bref moment. »

Honte

Henri, 47 ans, a lui aussi acheté de nombreux gadgets, dont des outils, des ordinateurs et des montres intelligentes. Il a dû avouer à sa femme ses dettes de crédit, qui s’élevaient à environ 12 000 $.

Plusieurs femmes omettent de dévoiler leurs achats à leur conjoint. « On ment et on a honte. Et cela développe un sentiment d’anxiété par rapport à ses finances, illustre la psychologue Luisa Cameli. Puis, la spirale devient infernale : plus on va mal, plus on dépense. »

Time Out

À sa clinique, la Dre Cameli propose un traitement qui dure 20 semaines. « On suggère un time out, c’est-à-dire une pause où l’on sort dans les magasins sans apporter d’argent ni de cartes de crédit. »

Par la suite, les gens dressent une liste d’emplettes en respectant leur budget. Cela requiert un moment de réflexion. En notant scrupuleusement leurs dépenses, ils suppriment celles qui sont inutiles.

Avant de magasiner en ligne ou en  succursale, la Dre Cameli suggère aux clients de vérifier leur état. « Il faut se demander : Comment je me sens aujourd’hui? Suis-je plus vulnérable, fatigué, stressé? »

À éviter

Au moment d’acheter un voyage, un billet de spectacle ou un manteau à prix exorbitant, il faut éviter des phrases comme : « Je travaille fort; je peux bien me gâter » ou encore : « Mes enfants méritent le meilleur ».

À l’ère de Facebook, les  gens ressentent le besoin de bien paraître. « On veut avoir l’air heureux. C’est le syndrome du voisin gonflable qui achète un bateau, une voiture », précise Marc Blais, auteur du livre Reprenez rapidement le contrôle de votre vie financière.

« Il existe des groupes d’entraide pour les consommateurs impulsifs. Il ne faut pas hésiter à les contacter », indique Jonathan Roy, directeur du syndic Pierre Roy & Associés. « Il faut se demander : Pourquoi ai-je besoin de ce high qui me pousse à dépenser? », conclut-il.

 

TRUCS POUR ÉVITER LES ACHATS COMPULSIFS
1) On dresse un budget pour nos dépenses de restos, loisirs, vêtements, etc.
2) On apporte le montant prévu en argent pour nos achats.
3) On note scrupuleusement toutes nos dépenses.

 

 

 

Texte Annie Bourque

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