Franchir le cap de l’âge adulte

On les a vus s’épanouir sous ses yeux. À l’âge adulte, ils sont sur le point de prendre leur envol. Comme parent, doit-on continuer à intervenir dans leur vie ou établir de nouvelles règles?

À l’heure actuelle, des parents trop protecteurs vont à l’encontre du phénomène naturel d’autonomisation observé chez de nombreux mammifères. « Notre but est de rendre nos enfants autonomes. On ne peut pas imaginer un chien, un chat, un loup ou une girafe qui retient son petit alors qu’il est prêt à partir. Chez les oiseaux, la maman pousse son oisillon hors du nid », illustre le psychologue Marcel Bernier.

Dans certaines familles, les enfants occupent une place centrale dans la vie des parents qui exercent inconsciemment une autorité et un certain contrôle. D’autres laissent une plus grande liberté à leur progéniture.

Dans tous les cas, le résultat est le même. « En devenant adulte, le comportement de notre enfant change, car il aspire à une plus grande autonomie », explique le spécialiste.

Pour une jeune de 20 ans, dire à sa mère, qui est aussi sa meilleure amie, qu’elle veut prendre ses distances est difficile. Elle aura le sentiment de la blesser et même de la trahir.

La quête de l’intimité

Peu à peu, l’adulte en devenir doit apprendre à délimiter son territoire. S’il habite chez ses parents, il se procure un téléphone cellulaire pour gérer lui-même ses appels téléphoniques. Il doit apprendre à s’affirmer : « Cette fin de semaine, je serai absent. »

Quant aux parents, ils évitent de poser des questions au sujet de sa vie amoureuse, car leur fils ou leur fille a droit à son jardin secret. « Il fait face au défi de vivre une intimité dans une relation amoureuse. Cela implique un certain éloignement de ses parents », affirme M. Bernier.

Lors d’une relation fusionnelle avec leurs parents, plusieurs enfants auront tendance à mentir pour éviter de déplaire. « Cela contribue à développer chez eux un sentiment de culpabilité et entraîne un manque de confiance en soi et la difficulté de s’affirmer », déplore le psychologue.

Peu à peu, les parents lâchent prise en acceptant l’éloignement de leurs enfants. « C’est normal de ressentir un vide et même de vivre un deuil. On en profite alors pour faire un projet en couple, s’acheter un voilier, faire du bénévolat ou partir en voyage », image M. Bernier.

Durant la vingtaine, le jeune peut revenir dans le giron familial advenant une perte d’emploi ou une déception amoureuse. La famille sera toujours là, tel un port d’attache.

3 questions au psy Marcel Bernier

Q : 1. Pourquoi est-ce une étape déchirante que celle de voir nos enfants quitter le nid familial?
R : Quand notre enfant devient adulte, la relation avec lui se transforme peu à peu. C’est une étape déchirante pour plusieurs femmes, car en devenant maman, elles ont mis beaucoup de choses de côté pour se consacrer à leurs enfants. Parfois, elles se sont oubliées. Certains parents vivent une fusion avec leurs enfants comme s’ils étaient en relation de codépendance. C’est malsain.

Q : 2. Faut-il être ami avec nos enfants ou plutôt garder une distance, comme nos parents le faisaient dans le passé?
R : Les deux cas sont mauvais. La relation parent-enfant est unique. On peut être proche, être bien ensemble ou partir en vacances. Toutefois, on n’est pas amis. Le parent a un regard lucide et sensible sur son enfant. Il ne faut pas oublier que la relation parent-enfant est semblable à un cadre. Quand on devient adulte, on sort du cadre. Une relation amicale n’a pas de cadre.

Q : 3. Faut-il édicter de nouvelles règles?
R : Si un jeune adulte vit sous notre toit, nous devons édicter de nouvelles règles. « En restant ici, tu participes aux tâches ménagères, etc. » S’il part en appartement, il doit prévenir lorsqu’il vient faire un tour à la maison familiale. L’inverse aussi : on l’avertit de sa visite.

À éviter

Notre jeune adulte aspire à vivre sa vie. Il faut éviter les comportements autoritaires créant des tensions inutiles.
: : Choisir les vêtements de sa fille ou critiquer ceux qu’elle a choisis.
: : Imposer ses critères pour le choix d’un appartement ou pour la décoration sous prétexte qu’on paie le loyer.
: : Dénigrer ses choix amoureux.
: : Fouiner dans les affaires personnelles de son enfant sous prétexte de faire le ménage.

-Annie Bourque

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