Deux profs, deux écrivains : UN COUPLE FASCINANT!

Ils se sont presque toujours connus, ils enseignent au même cégep, ils écrivent côte à côte et ils prennent soin de leurs enfants. Chantale Gingras et Steve Laflamme forment un couple à part, dévoué aux mots, aux histoires, à la littérature. Plongeon dans une petite lecture de leur vie.

Des amis de longue date

Chantale et Steve se sont rencontrés au Département de français du Cégep de Sainte-Foy, deux ans avant qu’ils corrigent les épreuves du ministère de l’Éducation, au fil de 2003. Les conversations allaient bon train. Les rires s’élevaient dans la salle. Ils distillaient l’humour comme du bonheur, et les meilleurs amis du monde étaient nés. Chacun avait son partenaire de vie respectif; l’idée de développer des liens plus étroits ne leur était pas même venue à l’esprit.

Puis, ils ont enseigné au cégep, tout en poursuivant leur implication dans le monde littéraire où s’est amené de surcroît le cinéma. Chantale siégeait au comité de rédaction de la revue Québec Français, dans laquelle elle publiait des critiques de livres et de films. Steve participait également à bonifier la revue de ses observations généreuses sur les derniers crus de la littérature québécoise d’ici et d’ailleurs. Leur carrière évoluait presque de la même manière, presque à la même vitesse, sans pour autant qu’ils en aient fait le voeu. Quelques années passèrent, mais les rallièrent toujours, au détour d’une occasion aux accents de lettres et de littérature.

Une réciprocité unique

Quelques années plus tard, soit en 2007, l’humour les a rassemblés plus que de coutume, comme l’intelligence de leurs propos d’ailleurs. Devenus l’un et l’autre célibataires, ils s’ouvrirent à des sentiments plus doux et bâtirent un couple pour le moins inhabituel.

Chantale est maintenant professeure de littérature au Cégep de Sainte-Foy. Steve est également professeur de littérature au Cégep de Sainte-Foy. Chantale a écrit un manuel pédagogique. Steve a fait de même. Ensemble, ils ont codirigé le guide culturel Vues du Québec, sorti pour les célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec. Ils ont chacun rédigé un roman et sont déjà à la table pour en écrire d’autres. Chantale remue présentement ses méninges sur un deuxième. Steve, pour sa part, travaille de concert avec l’éditeur de son deuxième, qui sortira prochainement. Ils partagent, de plus, un foyer qui accueille aussi deux enfants : Frédérique, âgée de 10 ans, et Xavier, âgé de 8 ans. Lebourgneuf est le  quartier où ils ont élu domicile et où ils tissent des histoires de toutes sortes, brèves et longues, drôles et tristes, sombres et lumineuses.

C’est plutôt le soir, vers 21 h, qu’ils travaillent en contrepoint, un verre de bière à la main.

La journée de travail est terminée. Les enfants dorment à poings fermés. Les deux complices se postent derrière l’ordinateur et font progresser leur oeuvre. Ils y sont jusqu’à minuit, parfois jusqu’aux petites heures du matin, sans se lasser de faire les mots s’éveiller. L’été venu, ils s’installent au chalet pour jouir du lac, des paysages, des joies vives de leurs enfants et du soir qui tombe et favorise l’inspiration. Le quotidien est toujours un lieu d’imagination, et l’écriture en fait entièrement partie.

Ni Steve ni Chantale ne lit le projet de l’autre en cours de route. Ils s’interrogent certes sur des enjeux de rédaction, des blocages sur la coulée des événements de leur histoire ou des caractéristiques d’un personnage, mais  ils préfèrent proposer à la lecture un livre ficelé. Ils éprouvent un profond respect pour leur travail personnel et ont toujours soin d’apporter des commentaires constructifs et bienveillants.

Chantale et la vie ordinaire

Chantale a publié Victor Barbeau : un réseau d’influences littéraires, sa thèse de maîtrise en réalité, qui a suscité la demande de plusieurs conférences. Elle a publié en outre Marivaux, la double inconstance, un manuel scolaire qui, encore aujourd’hui, passe sous l’oeil de centaines d’étudiants. En 2016, la parution de son quatrième livre a secoué la presse et les lecteurs : La vie est brève. Ce livre en est un de twittérature, plus précisément d’extraordinaires petits récits vivant à  travers seulement 140 caractères, dont les éloges sont venus d’aussi loin que l’Alberta. D’autres avant elle avaient tenté l’exercice qui, cependant, apparaissait plutôt comme celui de quelques pensées déposées sur le papier. Chantale, de son  côté, s’était donné le défi de créer des histoires complètes, avec une introduction, un développement et une conclusion, dans les mêmes 140 caractères imposés par Twitter : un tour de force ni plus ni moins! « Ce sont comme des  bonbons littéraires! Je me plais à dire qu’on le lit comme on déguste des Smarties », dit l’auteure en riant pour rendre concret l’effet du livre sur le lecteur.

Dès l’achèvement de ce livre, Chantale a entamé l’écriture de La face cachée des cailloux, un roman de nature différente, dans lequel s’immiscent des personnages hétéroclites qui d’abord ne se connaissent pas, mais qui finissent par établir une connexion déterminante. Publié à L’Instant même, il est fraîchement sorti des presses le 17 septembre 2018.

Productive comme son amoureux, elle est déjà en train de s’affairer à un cinquième, un sixième et même un septième projets, soit La vie est brève 2, un recueil de haïkus qui s’intitulera Éclats et un roman créé autour des thèmes de la gémellité et du pouvoir de la résilience.

Steve et l’univers policier

Quant à lui, Steve a publié Récits fantastiques québécois contemporains, un outil pédagogique de littérature par lequel se délie l’imaginaire des étudiants. Il écrit dans un tout autre registre que celui de sa bien-aimée et explore des sujets qui fréquentent son esprit depuis nombre d’années. Quand il a commencé à rédiger Le Chercheur d’âme, un thriller policier, il s’était déjà écoulé 10 ans depuis sa genèse. Toutefois, lorsque Steve a aligné les premiers mots de l’histoire, les autres ont suivi dans un court élan de quelques mois à peine. Son oeuvre a été présentée dans les grands journaux du Québec, au téléjournal de Radio-Canada et dans divers blogues de passionnés, avant d’être finaliste pour le Prix du Salon du livre du Saguenay—Lac-Saint-Jean en 2017.

L’histoire ayant plu, à l’instar du personnage principal, l’enquêteur Xavier Martel, Steve s’est empressé de remettre ce dernier au coeur de nouvelles péripéties, dans un monde étranger à celui du premier roman, qui se dessinait dans la cage de lutteurs professionnels. Le rythme du prochain sera sans doute aussi soutenu que celui du Chercheur d’âme, et l’engouement des lecteurs, au moins aussi sincère. « Le lecteur n’a pas beaucoup de répit dans ce livre, explique l’auteur. J’ai été inspiré par des séries télé où le spectateur est toujours en haleine. »

Les deux écrivains, amoureux et parents sont donc de retour derrière l’écran, avec des mots plein la tête et des idées à faire sourire, rire et pleurer. Prolifiques comme ils ont l’habitude de l’être, les prochaines oeuvres ne devraient pas tarder à garnir les tablettes des librairies et à enthousiasmer les lecteurs derechef.

 

  • La vie est brève
    La vie est brève offre 265 fragments d’humanité en 140 caractères maximum. C’est bref. C’est percutant. Comme la vie.
  • Le Chercheur d’âme
    On l’appelle le « Chercheur d’âme ». Chacune de ses victimes, retrouvée le visage ouvert, est porteuse d’un message qui semble narguer les policiers de l’Unité des crimes majeurs de la Sûreté du Québec. En présence d’un motif obscur, de références cryptiques et d’un mode opératoire aussi systématique qu’incompréhensible, le sergent-détective Xavier Martel ne ménage aucun effort pour mettre fin au cycle sanglant.
  • La face cachée des cailloux
    Avec doigté et poésie, Chantale Gingras raconte la vie, avec ses grandes joies et ses inévitables malheurs. Grâce à une mosaïque de personnages évoluant dans la ville de Québec, elle s’approche du quotidien tout en l’éclairant

 

Texte Julie Marie Doral

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