5 questions à : MARIO CYR – Plongeur en eau glacée

Reconnu à travers le monde pour ses images à couper le souffle, Mario Cyr a collaboré à plus de 150 documentaires produits par Discovery Channel, National Geographic, IMAX, la BBC et Disney. Ce natif des Îles-de-la-Madeleine est aussi le premier à avoir filmé des morses et des ours polaires sous l’eau. Dans Odyssée sous les glaces, accompagné de la plongeuse canadienne Jill Heinerth, il nous alerte sur les effets implacables des changements climatiques qui affectent l’environnement polaire et la biodiversité de l’Arctique, mais aussi la planète entière.

Jill Heinerth et Mario Cyr

Lors du tournage d’Odyssée sous les glaces, vous avez effectué votre 39e voyage en Arctique. Qu’est-ce qui a changé dans cette région depuis votre première expédition?
Plusieurs choses. Tout d’abord, la glace a diminué du tiers depuis 1993, ce qui est énorme en superficie, mais aussi en épaisseur. Dans les années 90, on se promenait en motoneige, accompagnés de guides inuits sur de la glace qui avait en moyenne 75 à 80 centimètres d’épaisseur. Aujourd’hui, elle n’en a que 30 et on doit la sonder toutes les demi-heures pour voir s’il n’est pas dangereux de la parcourir. Ensuite, les animaux font face à des difficultés. Prenons, par exemple, les ours polaires. Ils doivent manger 40 à 50 phoques par année pour être en forme. Or, aujourd’hui, dans certains lieux comme la baie d’Hudson, ils ne peuvent en attraper que 20 à 40 par année. On en voit de plus en plus qui ont la peau sur les os.

Le film montre aussi que les campements sont inondés en plein mois de juillet.
Oui. Les pluies arrivent maintenant dès le printemps et la glace fond de plus en plus tôt. Cela bouleverse les Inuits dont la vie est rythmée par la pêche et la chasse. Ils sont obligés de modifier leur parcours, car les animaux ne se trouvent plus aux mêmes endroits aux mêmes moments… et ce, quand ils continuent de venir.

Quelles répercussions ces changements climatiques ont-ils sur le reste de la planète?
L’Arctique et l’Antarctique sont les régulateurs de la température sur Terre. La fonte des glaces produit une masse d’eau douce intense qui ralentit le Gulf Stream. Or, ce dernier garantit une certaine chaleur sur la côte Est américaine et sur une partie de l’Europe. Certains endroits vont donc refroidir. Le réchauffement de l’Arctique a aussi une incidence directe sur le courant jet qui fait le tour de la planète d’ouest en est. On est en train de le ralentir, ce qui provoque des ondulations. Il en résulte des hausses de température à certains endroits et des froids intenses à d’autres. Le changement climatique a aussi un effet sur la chaîne alimentaire. Lorsqu’on plonge sous la lisière des glaces, on se rend compte en effet qu’il y règne une vie intense. On y trouve notamment des algues microscopiques appelées « phytoplancton », qui sont à la base de la chaîne alimentaire. Si la glace disparaît, c’est toute cette chaîne qui sera ébranlée.

Vous plongez depuis des années avec toutes sortes d’animaux, comme les ours polaires. Quel est l’animal le plus dangereux à approcher selon vous?
Le morse, sans aucun doute. C’est le seul animal qui m’ait attaqué. Il vit en groupe. Quand tu plonges, tu te retrouves avec 150 morses autour de toi. Impossible de tous les surveiller. Au contraire, quand tu plonges avec un ours polaire, il est tout seul et tu peux l’avoir à l’oeil.

Vous faites régulièrement des conférences dans les écoles. En quoi est-ce important pour vous?
Lorsque je rencontre les enfants, j’essaie de leur montrer que notre planète est belle et qu’il faut en prendre soin, ne pas consommer à outrance, privilégier la consommation locale. Je les encourage aussi à être persévérants. Dans un monde où tout va très vite, ils ont tendance à abandonner rapidement. Souvent, ils s’exclament de joie devant la beauté de mes images. Je leur explique alors que, pour obtenir une seule belle image, je passe parfois des jours à patienter. J’ai confiance en la nouvelle génération. La mienne n’a pas su gérer adéquatement l’environnement, mais les jeunes sont plus conscientisés que nous l’étions.


Explora diffusera le film le 28 décembre à 21 h sur Mission Explora en version doublée puis sur Tou.tv jusqu’en. Une application mobile éducative complémentaire au film, Aventure en Arctique (Discover the Arctic dans sa version anglaise), destinée aux 8 à 12 ans sera offerte dès le mois de décembre.

Texte Gabriel D’Annunzio

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